Traduit par Léa Renou

 

Pendant 10 ans, j’ai été la chef de projet typique : bosseuse, appliquée, à l’écoute du client et extrêmement dévouée.

Passionnée par mon travail (et c’est toujours le cas !), je pouvais passer des heures à répondre aux e-mails, à chercher des solutions, à passer des coups de fil ou encore à corriger des bugs… sortant occasionnellement la tête de l’eau pour reprendre ma respiration, telle une plongeuse.

Si un traducteur était en retard, si un relecteur laissait passer une erreur ou si la PAO était ratée, je culpabilisais. Si un document était mal préparé ou si une erreur de communication enrayait la machine, c’était de ma faute.

 

Article Marie-Sophie1

 

 

 

 

 

 

Oui, même la débâcle du projet de traduction du manuscrit de Voynich me hante.

 

Désireuse d’être utile à l’entreprise et de traiter mes clients comme ils le méritaient, j’ai travaillé encore plus dur, devenant paranoïaque. Je ne partais pas du bureau tant que tout n’était pas parfait.

Mon but ultime à la fin de journée était d’arriver à vider ma boîte mail et mon esprit, pour commencer sur une base saine le lendemain. Je sortais alors de plus en plus tard le soir.

J’étais devenue une Sisyphe des temps modernes : chaque matin, je poussais mon « rocher » jusqu’au sommet de la montagne, dans l’espoir que tard dans le soir, une fois toutes les tâches accomplies et le client satisfait, je pourrais avoir le sentiment du devoir accompli.

Je me noyais dans les projets jusqu’à ce qu’un collègue me dise : « Tu n’es pas neurochirurgienne, tu sais ?! »

Devais-je m’offusquer ? Qu’entendait-il par là ? Que mon travail ne servait à rien ? Que n’importe qui valait mieux qu’un chef de projet ?

 

Article Marie-Sophie2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Tu aurais dû prendre un relecteur. »

[Traduction de la bulle : Oops, en voilà, une belle coquille... Vous souhaitiez faire une injection de collagène dans les lèvres (lips, en anglais) et une liposuccion des hanches (hips, en anglais) ?]

 

Bien sûr que non ! Mais mon collègue avait raison : en traduction, aucune vie n’est (immédiatement) en jeu. Passé une certaine heure, chaque e-mail, projet ou rapport peut attendre. D’autant plus qu’on est nettement plus efficace après une soirée entre amis ou une bonne nuit de sommeil.

Comment pouvais-je retrouver l’équilibre ? En regardant autour de moi, j’ai décidé de poser la question à mes meilleurs collègues (vous savez, ces personnes toujours radieuses qui excellent au travail et trouvent encore le temps de faire de la danse classique, d’élever des bébés licornes et de donner des cours de scrabble multilingues). Voici un condensé de leurs préceptes :

Piloter comme en F1

Pense vite, sois réactif et apprends à slalomer sur une route semée d’embûches. Un traducteur te sort le fameux coup du chien qui a mangé la traduction ? Pas de problème, qu’on lui donne un vomitif !

Rester zen

Sois ouvert d’esprit, accepte que tout puisse arriver et reste calme. La gestion de projet, c’est comme une boîte de chocolats, après tout, tu pourrais aussi être chanceux, alors n’essaye pas de tout contrôler !

Yes you can

Inspire-toi du champion international de la com’ : sois à l’écoute, fais preuve d’honnêteté et garde la tête froide avec un peu d’autodérision… « Si je devais nommer ma plus grande force, je pense que ça serait mon humilité. Et pour ma plus grande faiblesse, peut-être que je suis un peu trop cool. » (B. Obama)

Tomber pour mieux se relever

Recommence autant qu’il le faut pour trouver le bon angle. Ces documents ne passent pas dans ton logiciel de TAO ? C’est peut-être l’occasion d’en essayer un autre.

Tu n’es pas au tennis

Tu fais partie d’une équipe : tu peux partager le travail, passer la balle et aider tes collègues. Tu seras ainsi sûr de marquer des points et tu seras galvanisé par la synergie de l’équipe.

Ne te prends pas pour Dieu…

Tu t’évertues à essayer d’égaler Dieu alors que tu n’es ni omnipotent ni omniscient. C’est vrai que tu as toujours entendu dire qu’un bon chef de projet est multitâche. Pourtant, tu seras plus efficace si tu traites d’abord la tâche en cours et que tu évites toute interruption.

… Mais plutôt pour ton propre ange gardien

Pour finir, sois indulgent envers toi-même. Fais de ton mieux, travaille dur et autorise-toi à vivre ! Cela peut paraître difficile, mais ce n’est qu’une question de choix. Sors, fais du sport, rencontre du monde et profite de la vie ! Toutes ces expériences agréables te permettront de lâcher prise et peut-être même de devenir un meilleur CDP.